Restitution d’oeuvres d’art: différentiels maghrébins

January 29, 2009

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« La question des restitutions d’œuvres d’art : différentiels maghrébins », L’Année du Maghreb, Paris, CNRS édition, 2008, p. 79-97 (Dossier « La fabrique de la mémoire : variations maghrébines », dir. Jean-Philippe Bras).

Here is the introduction:

« Eh quoi ? Les indiens massacrés, le monde musulman vidé de lui-même, le monde chinois pendant un bon siècle, souillé et dénaturé, le monde nègre disqualifié, d’immenses voix à jamais éteintes, des foyers dispersés au vent, tout ce bousillage, tout ce gaspillage, l’Humanité réduite au monologue, et vous croyez que tout cela ne se paie pas ? » Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, 1950

Depuis une quinzaine d’années, les demandes de restitutions d’objets pillés par les puissances coloniales ne cessent d’augmenter en nombre comme en médiatisation. Parallèlement, la question des réparations de la dette morale et physique du colonialisme s’est engagée entre anciens colonisés et colonisateurs. Le débat sur les restitutions et les réparations conditionne les rapports Nord-Sud ; comme si, pour faire mentir Aimé Césaire, l’Humanité n’était pas réduite au monologue et que le bousillage devait être payé. La restitution d’oeuvres d’art sert-elle la réparation d’un passé bafoué ? Comment des objets de patrimoine sont-ils devenus des objets de conflits ?

Un point cependant paraît intrigant : la question des restitutions,  particulièrement dynamiques sur le continent Africain, ne semble pas en être une au Maghreb. Le Maroc et la Tunisie n’ont pas engagé de procédures dans ce sens. Les quelques restitutions de la France à l’Algérie portent sur des oeuvres dérisoires. Est-ce admettre qu’il n’y a rien à restituer au Maghreb ? Et donc qu’il n’y a rien à réparer ? Les déclarations du président Bouteflika en 2005 et 2006 contre la barbarie coloniale française tendent pourtant à montrer l’insignifiance des gestes symboliques de la France au regard de la dette coloniale.

Traiter de la question des restitutions pour les pays du Maghreb peut donc paraître inapproprié. Et pourtant, l’exemple maghrébin met en valeur une question fondamentale à la compréhension de ce mouvement qui a pris un caractère international : quel est le rapport de la partie manquante, – les objets en exil – à l’ensemble de l’héritage culturel – le patrimoine in situ ? Car au-delà des restitutions, l’appropriation des objets aux niveaux national et local constitue un des enjeux primordiaux des politiques patrimoniales mises en oeuvre depuis les années 1950. C’est depuis cette époque en effet qu’ont été mis en place un certain nombre de textes, conventions, recommandations, proclamations émanant d’organes transnationaux, en premier lieu par l’UNESCO. Ces textes instituent des catégories juridiques qui encadrent le concept de patrimoine, comme la notion de « propriété culturelle », décliné ensuite sous la notion de « patrimoine mondial de l’humanité» et de « patrimoine culturel immatériel ».

Il convient de replacer ces formules faussement évidentes dans les contextes historique et culturel où elles s’inscrivent, ceux de l’Après-guerre, de la décolonisation, puis de la mondialisation. C’est la perspective historique qui nous permettra d’aborder la question des restitutions d’oeuvres d’art : on montrera que les textes normatifs qui encadrent  aujourd’hui les demandes de restitutions sont nés d’une réflexion sur la fonction de la culture caractérisant les sociétés post-coloniales. On ne reposera donc pas ici la question ontologique soulevée à propos des restitutions (faut-il restituer ? À qui ? Pourquoi ? De quel droit ?). Mais à partir de l’exempledes trois pays d’Afrique du Nord, on cherchera à déplacer le problème en montrant comment la question des restitutions, cas particulier et nettement identifiable des politiques patrimoniales, permet de mettre en lumière les paradoxes liés à la propriété, valeur qui domine les questions de patrimoine.

I can be reached at leturcq[at]ehess.fr for further information!

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4 Responses to “Restitution d’oeuvres d’art: différentiels maghrébins”

  1. […] suivre: Monuments, nations et patrimoine (sans héros)… ici et là Posted by leturcq Filed in conference ·Tags: cultural history, Egypte, Gamal abdel Nasser, […]

  2. […] Zahi Hawass‘ sense of maneuver On cultural property in a historical perspective On restitutions and heritage-making Possibly related posts: (automatically generated)Curator’s diary, Friday […]

  3. […] les articles écrits sur ce sujet: – un portrait de Zahi Hawass – une mise en perspective des  questions de propriété – Une ébauche d’étude des mécanismes institutionnels de restitution – Whose […]

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