The Self, the Other and the Museum

July 12, 2011

What is the meaning of an Ethnographic Museum in a post-colonial world in which boundaries between the Self and the Other are in a constant evolution? If the Self and the Other are a reflective myth, the Museum is a privileged machinery to construct the representation of Alterity, of Otherness.

Savignac, "Allez au Musée de l'Homme", Affiche, 1981, DR

The Museum orders, screenplays and formalises the re-presentation of the World. Therefore, the Museum appears a effective place to study the history of the representations of Others as in the case of the transformation of the old Paris’ Musée de l’Homme into the new unfortunate Musée du Quai Branly. [On the Quai Branly’s vicissitudes, refer to Kimmelman’s brilliant article: “Heart of Darkness in the City of Light“, New York Times, July 2 2006]

This book review [in French] of Benoît de l’Estoile’s, the Taste of Others [Le goût des Autres*] provides a chance to discuss the role of Anthropology and the Museum in the reprensentation of Alterity. Commenting on the book’s argument also provides an insight that reconsiders the role of anthropologists and intellectuals in the social and political debates on multiculturalism.

Anticipating on the conclusions and on further articles (to come here, stay tuned), I think that this book offered a good example of a certain school of Museum Studies that hardly consider museums as a research subject but as an object: the study of discourses about the museum overdetermines the topic of Otherness. Museum considered as a discourse is a powerful means to understand non said representations and give sense to nonsensical cultural discourses.

* Note: Le goût des autres / The Taste of Others: this is a literal translation as to keep on playing with the reference to Agnès Jaoui’s 2000 film on the experience of multiculturalism in France. As a complementary reading on the same topic, here’s a reference to Sally Price’s excellent Paris Primitive: Jacques’s Chirac Museum at the Quai Branly, Chicago, 2007… [here’s a book review in French].

Benoît de L’estoile, Le Goût des Autres, de l’Exposition coloniale aux Arts premiers

Paris, Flammarion, 2007, 454 p.,
Champs Flammarion 2010.

Du succès de l’exposition coloniale de 1931 à celui du musée du Quai Branly en 2006, Benoît de l’Estoile s’attaque à un des mythes contemporains des plus diffus : le mythe des Autres1.

L’anthropologue choisit le musée comme lieu privilégié d’observation des représentations collectives, savantes et profanes de l’altérité. Car le musée procède d’une mise en ordre, mise en scène, mise en forme du monde. Dans cet essai remarquablement documenté2, il montre que la « mise en musée du monde en dit plus sur la cosmologie occidentale que sur les société qu’il est censé représenter » (p.416). Quel est alors le sens d’un musée des Autres dans un monde post-colonial où se redéfinissent les frontières entre le Nous et les Autres ?

L’ouvrage est divisé en deux parties qui explorent deux périodes distinctes de construction et d’appropriation de l’altérité : l’entre-deux-guerres et la période contemporaine. Dans la première partie, Benoît de L’Estoile montre comment l’ethnographie s’impose comme discipline sur fond de colonialisme autour des personnalités comme Claude Lévi-Strauss, Michel Leiris, Marcel Griaule ou Paul Rivet. Avec ses 32 millions de visiteurs, L’Exposition coloniale de 1931 apparaît comme le premier succès populaire de présentation du monde en miniature et comme programmatique des (re)présentations ultérieures (chapitre 1). L’auteur démontre que l’Exposition donne sens à la présentation des Autres chez Soi par la mise en place de trois types de mise en récit de l’altérité (p. 40). À coté du discours évolutionniste, principal support de la conception de la colonisation comme mission civilisatrice, émerge un discours différentialiste, tenu par des hommes comme Lyautey, l’un des concepteurs de l’Exposition coloniale célébrant la diversité des races et des peuples de l’Empire français. Aux deux premiers discours, intimement liés à un projet politique de l’Empire français, s’ajoute le discours primitiviste, lié à l’appréciation esthétique de l’art nègre par l’avant-garde intellectuelle et artistique. Par inversion du discours évolutionniste, la « sauvagerie » devient de « l’originel » et les objets deviennent art. Égratignant au passage quelques idées reçues, Benoît de L’Estoile montre tout au long de son essai que ces récits s’entrecroisent et coexistent, dominant tour à tour le paysage intellectuel, jusqu’à la création du Musée du quai Branly.

Dans une histoire originale du musée de l’Homme (chapitres 2 à 5), l’anthropologue montre les rapports entre politique, science et musée. À partir de sa création en 1938, le Musée de l’Homme, à travers son laboratoire d’ethnographie, entend exercer le monopole du discours savant sur les cultures exotiques. C’est là qu’émerge le paradigme de l’enquête de terrain associé à celui des collectes extensives d’objets lors des grandes expéditions comme celle de Griaule, Dakar-Djibouti – rendue ironiquement célèbre par l’Afrique Fantôme de Leiris. Les salles du musée apparaissent comme une mise sous vitrines du monde, vitrines de l’utopie d’universalisme encyclopédique de l’ethnographie. La présentation de Georges-Henri Rivière, moderne, pédagogique et attrayante, participait de cette « mise en ordre » du monde. C’est pourtant en ne réussissant pas à adapter sa « mise en scène » à l’évolution des attentes du public que le musée de l’Homme tombe en obsolescence. Son anachronisme devient un argument, en forme de repoussoir, pour la création du nouveau musée du quai Branly.

Dans la deuxième partie, « Le musée des Autres : entre mythe et histoire », Benoît de L’Estoile s’attaque à deux mythes contemporains qui président à la création du musée du quai Branly : « Arts premiers » (chapitre 7) et « Peuples premiers » (chapitre 8). Il décrit le processus de transformation des musées d’ethnographie en musées d’art, dont les ethnologues sont exclus. Avec la résurgence du discours primitiviste, les objets ethnographiques deviennent des œuvres d’art, coupées de tout référents culturels et définies par des valeurs esthétiques, économiques et morales. Car, rappelle l’auteur, le mythe corrélatif des « Peuples premiers » renvoie à celui de l’authenticité et au devoir de conservation de la diversité culturelle (p. 309), la bonne conscience de l’Occident. L’anthropologue montre les enjeux des processus de réappropriation par les représentants des dits « peuples premiers » (chapitre 9). Par un effet de retour, les œuvres d’art redeviennent des objets catalyseurs d’identité(s). C’est le paradoxe du musée des Autres : leurs objets intégrés aux collections nationales sont devenus des objets du Nous. Benoît de L’Estoile propose alors une voie médiane : des « musées de la mise en relation » (chapitre 10), « centrés non sur l’altérité mais sur les relations entre nous et les autres » (p. 367). Il s’agirait en somme de créer des musées de l’expérience anthropologique et de réinsérer l’anthropologue dans le processus patrimonial.

Fine et précise, l’analyse de Benoît de L’Estoile est une nécessaire mise au clair du discours justifiant l’altérité chez Soi et pose des questions fondamentales sur l’évolution des musées. Son essai relève cependant plus d’une anthropologie du discours que d’une « archéologie du musée » car la dimension muséologique du musée du Quai Branly est largement limitée à sa face visible : on n’y trouvera pas de références aux processus internes qui ont conduit à la restructuration du paysage muséal global. L’auteur touche les questions politiques posées par des tels musées mais il met en garde contre la tentation de mettre en correspondance politique étatique et programme muséal (p. 421). Pourtant, les éléments du discours relèvent de constructions sociales plus larges. Ainsi, lorsque le président Sarkozy lance à Dakar « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire »3, comment ne pas y voir un malheureux écho du mythe que relate Benoît de L’Estoile ? C’est là la limite de l’ouvrage : s’il fait l’archéologie des mythes fondateurs du musée, il laisse largement de côté sa dimension sociale et politique. Quel est le rôle de l’anthropologue dans notre société ? Rôle politique peut-être, car, comme l’a montré Claude Lévi-Strauss, le pouvoir des mythes est bel et bien de donner un sens à notre rapport au monde.

©Jean-Gabriel Leturcq, 2007-2011

CEDEJ, Le Caire/ EHESS, Paris

1 Suivant l’usage de l’auteur, on emploie ici les termes « Autres » et « Nous » avec une majuscule non pour désigner « des groupes objectifs, réifiés mais des façons de représenter des identités collectives »
2 On regrettera cependant l’absence de bibliographie finale qui aurait facilité l’accès à la documentation.
3 « Allocution du N. Sarkozy ; Président de la République, prononcée à l’Université de Dakar », 26 juillet 2007. Texte complet disponible sur le site internet de l’Elysée.
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