Orientalism after Orientalism: on Oleg Grabar

December 24, 2012

In these times of presents, I feel like offering a short reflection on the late historian of islamic art Oleg Grabar (1929-2011) and his legacy.  Grabar started his career when Orientalism was beyond critics and participated in reevaluating and transforming the field of Islamic studies. He managed to define the undefinable of the mixed influences and melting pot of islamic art. His studies on ornament also influenced contemporary art in Middle East and beyond. Respect.

This paper was published in the Dictionnaire des Orientalistes de langue française, 2d revised and enlarged edition, december 2012.

Block Carved with a Fan Pattern, ca. 720–724. Limestone, carved. Department of Antiquities, Qasr al-Qastal Archaeological Site, Jordan

Block Carved with a Fan Pattern, ca. 720–724. Limestone, carved. Department of Antiquities, Qasr al-Qastal Archaeological Site, Jordan

Grabar Oleg

(Strasbourg, 1929 – Princeton, 2011)

Historien de l’art islamique.

Oleg Grabar (1929-2011)

Oleg Grabar (1929-2011)

Fils du byzantiniste français d’origine russe André Grabar (1896-1990), Oleg Grabar quitte la France en 1948. Diplômé de Harvard en histoire médiévale et de la Sorbonne en histoire moderne en 1950, il obtient son doctorat à Princeton avec une thèse sur l’art du cérémonial à la cour Umayyade (1955). Professeur d’histoire de l’art à l’université de Michigan (1954-1969) puis à partir de 1969, à Harvard, il y devient en 1980 le premier titulaire de la chaire Aga Khan. Il est le fondateur et éditeur de la revue de référence, Muqarnas (1983-1992). En 1990, il rejoint la School of Historical Studies à l’Institute for Advanced Study de Princeton.

Son œuvre considérable s’étale sur une période de près de soixante ans et témoigne de la mutation des études orientales autant qu’elle en y participe (« Sixty years of Scholarship », 2010). Ses premiers travaux, de facture classique, s’attachent étudier et publier des documents inédits sur les débuts de l’Islam en Syrie. Ils doivent beaucoup à ceux de de Jean Sauvaget* à qui il emprunte un intérêt pour les phénomènes sociaux comme ressort de la création artistique. De 1964 à 1971, il dirige le chantier de fouille de Qasr al-Hayr, site palatial omeyyade dans le désert syrien (City in the Desert: Qasr al-Hayr East, 1978). Ces travaux le mènent à la publication de la Formation de l’art islamique (1973, 1987 en français) dans lequel il entend éluder les dynamiques d’émergence de la culture artistique de l’Islam classique dans un contexte d’antiquité tardive à la charnière des mondes hellénistique et sassanide. Marquant une rupture avec l’approche formaliste de ses prédécesseurs, sa thèse ouvre la voie à une histoire culturelle et sociale des arts de l’Islam. L’ouvrage, alors très critiqué pour ses approximations, est aujourd’hui acclamé comme un classique.

Dans une deuxième phase, Grabar s’attache à toucher un plus grand nombre de lecteurs et d’attirer l’attention des spécialistes d’autres champs de l’histoire de l’art sur le monde de l’Islam. La sémiotique prend une part importante dans son analyse de quelques monuments phares  : l’Alhambra (1978), la grande mosquée d’Ispahan (1990), le dôme du Rocher enfin (1996, traduction 1997) et plus largement la Jérusalem arabe (The shape of the holy : early islamic Jerusalem, 1996), dans des études qui rendent lisible la complexité historique du monument et montrent comment le monument traduit le dynamisme et l’affirmation culturelle et visuelle de la culture islamique précoce. Dans Epic images and contemporary history: the illustrations of the Great Mongol Shahnama (avec Sheila Blair, 1980), il explore l’apparition de la peinture persane à la croisée de différent univers culturels. Son enseignement est alors à son apogée à Harvard où se forme autour de lui un cercle de disciples. Grabar achève de publier son ouvrage de référence Islamic Art and Architecture, 650 to 1250 (1987, réédité en 2001), commencé en 1959 avec Richard Ettinghausen (1906-1979), éminent conservateur de la Freer Gallery of Art de Washington.

The Mediation of Ornament, 1992Dans une troisième phase, le dialogue engagé avec d’autres domaines de l’histoire de l’art ainsi que le retour sur l’historiographie du champ mènent Grabar à questionner la spécificité et l’universalité des arts de l’Islam dont il systématise la pensée d’une identité composite. The Mediation of Ornament (1992) est une réflexion en écho aux écrits de Riegl ou Gombrich. Il y réintroduit l’analyse formelle pour s’attaquer à l’essentialisme orientaliste en même temps qu’il en assume l’héritage. Grabar aura d’ailleurs pris part aux débats qui suivent la publication d’Orientalism de Said* ; il prête peu d’importance aux anti-orientalistes dont il juge les positions schématiques mais s’attarde longuement sur Lewis et ses suiveurs qu’il presse de définir le champs d’un orientalisme contemporain (avec Said et Lewis, “Orientalism, an exchange“, New York Review of Books, 1982). A cet égard, son rejet de la religion musulmane comme déterminant des arts de l’Islam et son insistance à l’ancrer dans des dynamiques sociales a coupé l’œuvre de Grabar d’un lectorat moyen-oriental. En témoignent la quasi absence de traduction de ses ouvrages en arabe, turc ou pers
san et le nombre réduit de ses disciples originaires du monde de l’Islam. Symptomatiquement, Grabar n’avait jamais appris le Persan et le Turc et ne travaillait que rarement sur les sources arabes.

L'ornement (1996)S’il a surtout écrit en Anglais, il entretenait une relation à la pensée en Français comme en témoigne le va-et-vient dans les différentes versions de la peinture persane : une introduction (1999) d’abord publié en français avant d’être augmenté sous le titre Mostly Miniatures: An Introduction to Persian Painting (2000). La même interrelation existe entre The Mediation of Ornament et L’Ornement : Formes et Fonctions dans l’Art Islamique (1996) ainsi que dans Penser l’Art islamique : Une esthétique de l’ornement (1996) produit d’un cycle de conférences à l’Institut du monde arabe (1992). [voir aussi ce court essai de 2010 “De l’ornement et de ses définitions“]

La truculence de son personnage fascinait, en particulier en conférences où, par ses anecdotes et ses retournements rhétoriques, il donnait sens aux objets et à la culture de l’Islam. Ayant contribué à transformer en profondeur la perception des arts de l’Islam, Oleg Grabar laisse un héritage important dont témoigne Constructing the Study of Islamic Art, compilation de 80 de ses essais (2004, 2005).

Addis-Abeba juillet 2012

Gülru Necipoğlu, ‘Editor’s Foreword. In Memoriam: Oleg Grabar’, Muqarnas, 28, 2011, vii-xiii

Robert Hillenbrand, “Oleg Grabar: the scholarly legacy“, Journal of Art Historiography, June 2012, p. 1-35

© Jean-Gabriel Leturcq, 2012

Pour citer cet article : Jean-Gabriel Leturcq,  « Oleg Grabar » notice biographique, François Pouillon (éd.), Dictionnaire des orientalistes de langue française, 2e édition, IISMM-Karthala, 2012, pp. 482-483

Advertisements

2 Responses to “Orientalism after Orientalism: on Oleg Grabar”

  1. […] honoured to write new entries and correct old ones. I was specially honoured to write an entry for Oleg Grabar which inspired a lot my approach and still remain a […]

  2. Audrey Schlofner said

    Reblogged this on Solely By Virtue.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: